Le president de la republique, Me Wade, a foule du pied les regles les plus elementaires de la decence et il a fait preuve d'un manque criard de bon sens (devenu une denree rare chez lui) en minimisant les evenements ayant cause la mort de cinq senegalais, declarant que ce n'est “qu'une brise qui ne sera jamais un ouragan." Les grandes choses commencent petit. Vous pouvez, Mr le President, penser que les situations a Dakar et precedemment en Cote d'Ivoire, Tunisie, Egypte ou Lybie n'ont rien en commun, mais vous vous trompez lourdement. Oui, tous ces pays ont des histoires vastement differentes. Mais ayant suivi de tres pres les derniers evenements qui se sont deroules la-bas, je peux vous dire que nous avons quelque chose de tres important en commun: les soulevements politiques dans tous ces pays ne furent pas causes initialement par une ideologie particuliere ou une appartenance partisane mais ils sont dus en grande partie a l'un des sentiments les plus humains de l'homme- la recherche de la dignite et de la justice. L'humiliation est la force la plus singulierement et regulierement sous estimee en politique. La population senegalaise peut absorber la cherete de la vie, la faim, les inondations et la douleur. Elle peut etre reconnaissante envers les infrastructures, l'augmentation des salaires et les avantages sociaux. Mais si vous forcez les senegalais a vivre indefinement dans un systeme ou les jeux sont faits d'avance et qu'il leur est jete a la figure ou qu'ils se sentent comme du betail qui peut-etre passe d'un leader a son fils, dans une devolution monarchique ou qu'un president veuille s'accrocher au pouvoir ad vitem eternam, eventuellement ils vont exploser. Ce sont ces memes sentiments qui ont ete a la base des emeutes a Tunis et maintenant a Dakar. Et ils ne s'estompent pas rapidement, raison pour laquelle vous etes, Mr le president, en plus grand peril que vous ne puissiez le penser.
Dakar est il devenu le Gdansk tropical ou sommes nous entrain de vivre le debut du “printemps noir africain”? En Pologne, le licenciement en1980, de Anna Walentynowicz, une ouvriere dans un chantier naval, a entraine des greves et la formation du mouvement communautaire Solidarite qui a enclenche le declin de l'empire Sovietique. Tout ce que voulaient Walentynowicz et ses camarades au debut etait de meilleurs salaires, l'amelioration des conditions de securite dans leur travail, un syndicat des travailleurs et la reintegration de Anna. Tout ce que Mohammed Bouazizi voulait etait un boulot, un moyen pour joindre les deux bouts. Comme la plupart des licencies et maitrisards qui choment pendant que le president dechu et sa cour festoyaient avec les richesses du peuple. Quand la police ferma son etalage informel de fruits, il s'est suicide. Son immolation causa le 'printemps arabe” et la fin des regimes de Ben Ali, de Moubarak, de Khadaffi et demain de Al Assad. Au moment ou j'ecris cette phrase je suis entrain de regarder le dernier interview de Mamadou Diop, etudiant tue par le camion fou de la police senegalaise, qui, comme Mohammed Bouazizi, s'est adonne au sacrifice supreme pour combattre l'appetit et l'indulgence caligulesque du president Abdoulaye Wade, de sa famille et de sa cour et etat securitaire qui s'installe au Senegal.
Avez-vous Mr le president lu les blogs et autres contributions sur le net? Avez vous ecoutez les reactions de vos compatriotes sur les differentes chaines de radios ou les differentes televisions? La colere, la deceptions et les insultes vous visent directement Me Wade, et ce bien avant meme la decision incomprehensible du conseil constitutionnel de valider votre candidature illegale pour permettre a vous et a votre parti ( largement apprecie comme le “parti des voleurs et des escrocs”) de vous presenter encore aux elections et de diriger le Senegal pour les prochaines sept annees alors que vous serez bientot centenaire. En effet Monsieur le president, personne ne pense que vous vous donnerez a tant d'efforts et tous ces morts pour perdre les elections de 2012. C'est depressant pour la plupart des senegalais- et ce l'est encore plus quand bon nombres de vos anciens proches parlent d'une devolution monarchique en gestation depuis bien longtemps. Aucune surprise donc quant au appels incessants pour le president de “degager.”
Rien d'autre n'a pousse la majeure partie des senegalais a manifester que de voir les gens qui sont devenus immensement riches en 12 ans et qui sont proches du pouvoir de Me Wade, donc depuis l'alternance ou bien “alternoce” qui montrent leurs biens mal acquis de maniere ostentatoire et dans l'impunite la plus absolue. C'est devenu une question de dignite pour nous senegalais car quoique vous puissez faire pour le Senegal durant les douze derniere annees, en commencant en 2000, surtout en termes d'infrastructures, vous ne l'avez pas fait avec des gants de velours mais plutot avec une corruption generale, quasi exclusivement avec des marches de gre a gre et des prets et des dons etrangers. Mais pas assez de la jeunesse qui vous a pourtant emmene au pouvoir en 2000 n'en a profite. Cette jeunesse est devenue votre progeniture politique accidentelle et peut-etre a travers le mouvement “ y'en a marre”, la premiere force politique independante du Senegal. Les manifestants qui se regroupent autour du M23 ne sont pas la couche defavorisee de la population mais plutot des indignes, etudiants et professionels, hautement qualifies qui ont le sentiment que la societe senegalaise est une autoroute a deux voies avec une voie pour les privilieges proches du pouvoir avec leurs propres lois ou l'absence de lois, et une voie pour le reste de la population senegalaise.
Commencant en 2009 avec les elections locales, cette jeunesse qui se sent laissee en rade par l'alternance car le gouvernement a manque a toutes les promesses qu'il lui a fait et ne lui donne meme pas la reconnaissance et le respect qu'il lui doit. Cette jeunesse “y'en a marriste” qui soudainement est apparue dans tout le Senegal est entrain de crier haut et fort que nous ne sommes plus un betail electoral. C'est devenu une question de dignite, de respect mais surtout de justice.
Et Monsieur le President je vais finir par paraphraser ce philosophe en disant que le leader qui assiste a la misere et a la souffrance de son peuple tout en restant indifferent est le plus miserable d'entre nous tous.
Cheikh Dia